Dimanche 13 septembre à 22.55, France 5 diffuse « Le roi de Shanghai », un documentaire inédit de la collection « La case du siècle », également disponible sur france.tv. Signé Sandra Rude, ce film de 56 minutes exhume un destin français aussi flamboyant qu’oublié : celui de Félix Bouvier, surnommé de son vivant « le roi sans couronne de Shanghai ».

Du Morvan aux nuits de la Concession française

Rien ne prédestinait ce fils de la campagne bourguignonne, parti d’une enfance misérable, à devenir l’homme le plus riche de la communauté française d’Asie. Débarqué à Shanghai, Félix Bouvier gravit tous les échelons de la fortune en quelques années à peine. Banquier, promoteur immobilier, entrepreneur de spectacles et véritable maître des nuits de la Concession française, il incarne à lui seul l’esprit d’une ville où tout semblait possible pour qui osait. Le documentaire suit pas à pas cette ascension vertigineuse, celle d’un self-made-man devenu, sous le regard admiratif et jaloux des Britanniques, « le roi sans couronne » de la cité la plus prospère de l’Orient.

Shanghai dans l'entre-deux-guerres
© France Télévisions / O2B Films

Shanghai, le « Paris de l’Orient »

Derrière la trajectoire d’un homme, le film raconte surtout une histoire vaste et largement méconnue : celle des concessions étrangères en Chine. Ces enclaves furent imposées par les puissances occidentales au XIXᵉ siècle, à l’issue des guerres de l’opium. Officiellement établie par traité dès 1849, la Concession française de Shanghai resta un territoire chinois administré par la France jusqu’en 1943. Protégée par l’extraterritorialité et par les canonnières coloniales, cette « lande marécageuse » devenue « Paris de l’Orient » se transforma en laboratoire de modernité, de spéculation et de cosmopolitisme — mais aussi en poudrière où se croisaient ambitions impériales, rivalités politiques et frustrations nationales chinoises.

« Le roi sans couronne de Shanghai »

Le surnom donné par la communauté britannique à Félix Bouvier, probablement le Français le plus fortuné de la ville

Dans les coulisses : le Canidrome, temple climatisé du plaisir

Associé à René Fano, le banquier le mieux introduit de la place, Bouvier fonde l’Union Mobilière, l’institution financière qui va lui permettre de bâtir son œuvre la plus spectaculaire. En novembre 1928, l’inauguration du Canidrome attire 50 000 personnes. Loin de se limiter à ses courses de lévriers, le complexe abrite un bar, un restaurant, un dancing et jusqu’à un ring de boxe, le tout doté de la technologie la plus avancée de l’époque : l’air conditionné. Deux ans plus tard, l’entrepreneur ajoute l’Auditorium, dédié aux paris sportifs, toujours au cœur de la Concession. Généreux mécène, très présent à la Chambre de commerce comme au très fermé Cercle Sportif, il côtoie aussi les figures les plus troubles de la ville, à commencer par le redouté patron de la pègre locale.

  • Une fortune bâtie dans la banque, l’immobilier et les loisirs
  • Le Canidrome (1928), complexe de 50 000 spectateurs, climatisé avant l’heure
  • L’Auditorium (1930), haut lieu des paris de la Concession
  • Un destin rattrapé par la guerre sino-japonaise, puis par la prise de pouvoir de Mao en 1949

Le saviez-vous ?

La Concession française de Shanghai a officiellement disparu le 30 juillet 1943, lorsque le régime de Vichy la rétrocéda aux autorités chinoises alliées du Japon. De ce « Paris de l’Orient », il reste aujourd’hui un discret atlas de rues platanées : l’ancienne rue Joffre est devenue la Huaihai Lu, l’une des artères les plus fréquentées de la métropole chinoise.

Un film signé Sandra Rude

Habituée des grands récits historiques, la réalisatrice Sandra Rude s’est déjà distinguée dans « La case du siècle » : son film « Le Bataillon du Pacifique » a été récompensé par le prix Pierre-Schoendoerffer en 2025. Avec « Le roi de Shanghai », produit par O2B Films, elle mêle archives et reconstitution pour donner à voir la fin d’un monde — celui de ces communautés occidentales installées en Chine, convaincues de leur permanence et soudain rattrapées par l’Histoire.

À travers ce parcours singulier, le film raconte la fin d’un monde : celui des communautés occidentales installées en Chine, convaincues de leur permanence et soudain rattrapées par l’histoire.

Quand et où regarder

ChaîneFrance 5
DiffusionDimanche 13 septembre 2026
Horaire22.55
Streaming / replayfrance.tv
FormatDocumentaire inédit, 56 min — collection « La case du siècle »
RéalisationSandra Rude (production O2B Films)