France 4 nous embarque sur la plus célèbre des routes américaines. Lundi 12 octobre à 21.00, puis sur france.tv, le documentaire Route 66, une légende américaine raconte comment un simple ruban d’asphalte est devenu, en un siècle, l’un des plus puissants mythes des États-Unis. Un voyage à travers les œuvres qui l’ont rendue immortelle.
Un ruban d’asphalte devenu fiction américaine
Tracée entre Chicago et Los Angeles, la Route 66 déroule près de quatre mille kilomètres à travers huit États, du Midwest aux rives du Pacifique, en passant par les plaines de l’Oklahoma et les déserts de l’Arizona. Mais le film de Sophie Peyrard n’est ni un guide de voyage ni un documentaire historique classique : il raconte comment cette voie est devenue une véritable fiction collective, une scène sur laquelle l’Amérique projette ses promesses de liberté autant que l’envers de son décor.
Très vite, la 66 déborde la carte. Elle devient la « Mother Road », la voie de fuite des familles du Dust Bowl, puis le refrain entraînant d’une Amérique qui découvre le tourisme automobile avec ses motels, ses diners et ses stations-service. Avec la Beat Generation et la contre-culture, prendre la route change de sens : c’est rompre avec le conformisme et échapper à la place que la société vous assigne.

Le saviez-vous ? Cent ans d’une route de légende
En 2026, la Route 66 fête ses cent ans. Le numéro « 66 » est attribué à l’itinéraire Chicago–Los Angeles au printemps 1926, et la route est officiellement approuvée le 11 novembre de la même année. Longue de près de 3 940 kilomètres, elle traverse l’Illinois, le Missouri, le Kansas, l’Oklahoma, le Texas, le Nouveau-Mexique, l’Arizona et la Californie, où elle s’achève à Santa Monica. Devenue au fil des décennies un axe majeur de la migration vers l’Ouest, elle est finalement rayée des registres fédéraux en 1985, supplantée par le réseau des Interstates. Mais si la route disparaît des cartes officielles, elle survit par les images.
66 est la route de la fuite, la Mother Road baptisée par Steinbeck : un siècle plus tard, elle raconte toujours l’Amérique.
De Steinbeck à Springsteen, une route chantée et filmée
Le documentaire retrace cette métamorphose à travers les œuvres qui l’ont rendue visible. C’est John Steinbeck qui, dès 1939 dans Les Raisins de la colère, la baptise « Mother Road », en suivant la famille Joad fuyant la poussière de l’Oklahoma. En 1946, Nat King Cole en fait un tube avec « (Get Your Kicks on) Route 66 », devenu l’hymne du road trip américain. Les photographies de Dorothea Lange, les chansons de Woody Guthrie et de Bruce Springsteen, puis des films comme Easy Rider, Bagdad Café ou Cars ont tour à tour projeté sur elle les rêves et les blessures du pays.
Les angles morts d’un mythe
Derrière la promesse de liberté, le film n’élude pas les zones d’ombre. La ségrégation et le fameux Green Book, ce guide qui indiquait aux voyageurs afro-américains les lieux où ils étaient acceptés, rappellent que la route n’offrait pas la même liberté à tous. S’y ajoutent les territoires autochtones transformés en folklore et les villes laissées à l’écart par les autoroutes modernes. Autant de réalités que le mythe a souvent gommées au profit d’une Amérique fantasmée, plus simple et plus authentique qu’elle ne l’était.
À retenir
Un siècle après sa création, la Route 66 demeure une fiction collective assez puissante pour continuer à raconter l’Amérique, ses rêves de liberté comme ses contradictions. Le film de Sophie Peyrard, produit par Haut et Court Doc, choisit précisément de la regarder à travers les images et les récits qui l’ont fait entrer dans la légende.
Quand et où regarder
| Chaîne | France 4 |
| Diffusion | Lundi 12 octobre 2026 |
| Horaire | 21.00 |
| Streaming / replay | france.tv |
| Réalisation | Sophie Peyrard |
| Genre | Documentaire |

