France 3 propose le lundi 16 novembre à 23h35 Vous n’aurez plus nos morts – La restitution des restes humains coloniaux, un documentaire inédit de 52 minutes réalisé par Marie-Christine Gambart, également disponible sur france.tv. Le film suit des descendants qui réclament le retour des corps de leurs ancêtres, exhibés puis oubliés pendant plus d’un siècle dans les collections françaises.

Un combat intime devenu une question nationale

Depuis la fin du XIXe siècle, des milliers de corps issus des conquêtes coloniales ont été exhibés vivants dans des zoos humains, mesurés et photographiés au nom des théories raciales de l’époque, puis relégués dans des fosses communes, des instituts médicaux ou des réserves de musées. La France en détient aujourd’hui d’importantes collections. À l’heure où les anciennes puissances coloniales sont interpellées sur leur devoir de reconnaissance, un lent processus de restitution s’est amorcé, et les descendants de ces femmes et de ces hommes demandent désormais leur retour.

Loin du simple débat d’experts, le documentaire ancre cette histoire dans des trajectoires concrètes. Restituer des restes humains, rappelle-t-il, ne consiste pas seulement à déplacer des collections d’un musée vers un territoire : c’est rendre un nom, une histoire et une dignité à des personnes longtemps traitées comme de simples « objets d’étude », et permettre à leurs familles de se réapproprier une part de leur mémoire.

Image du documentaire consacré au combat des descendants pour le retour des restes de leurs ancêtres
© Cinétévé / France Télévisions

Corinne Toka-Devilliers, une figure de proue

Le récit s’attache d’abord à Corinne Toka-Devilliers, bijoutière guyanaise installée en Bretagne. En 2018, elle découvre que son arrière-arrière-grand-mère, Moliko, fut exhibée dans un zoo humain parisien en 1892, aux côtés de trente-deux autres Kali’na. Cette révélation devient le moteur d’une quête obstinée : retrouver ces ancêtres, leur rendre leur identité et obtenir, un jour, une sépulture digne sur leur terre. À l’écran, sa fougue, son franc-parler et son humour en font un véritable personnage.

Sa démarche n’est pas isolée. En Polynésie française, la chercheuse Mililani Ganivet se bat pour le retour des ivi tupuna, les os des ancêtres dispersés dans les musées américains et européens. En Nouvelle-Calédonie, la famille Kawa avait obtenu dès 2014 la restitution du crâne du grand chef Ataï — avant que celui-ci ne soit dérobé dans son mausolée lors des émeutes de l’été 2024, preuve qu’une restitution, même accomplie, ne referme pas toujours la blessure.

  • Guyane — Corinne Toka-Devilliers et le retour des Kali’na exhibés au Jardin d’acclimatation.
  • Polynésie française — Mililani Ganivet et la quête des ivi tupuna.
  • Nouvelle-Calédonie — la famille Kawa et la mémoire du chef Ataï.
  • Un enjeu mondial — des restitutions emblématiques, de Saartjie Baartman aux têtes maories.

La France conserve près de 100 000 « restes humains » dans les réserves de ses musées — le seul Musée de l’Homme en détient 18 000 crânes.

Le contexte : une loi récente et des précédents

Le documentaire éclaire les enjeux juridiques et mémoriels qui entourent ces retours. Longtemps, chaque restitution a exigé une procédure spécifique. La loi du 26 décembre 2023 a marqué un tournant en créant un cadre général pour la sortie des collections publiques de restes humains destinés à être restitués. Sa première application a conduit, à l’été 2025, au retour vers Madagascar de trois crânes de la communauté sakalava, dont celui attribué au roi Toera.

Le contexte

Rendre reste difficile : il faut identifier des restes parfois conservés depuis plus d’un siècle, retracer leur provenance, retrouver les descendants ou les communautés d’origine et répondre à des procédures complexes. Le cadre de 2023 ne couvrait d’ailleurs pas les territoires ultramarins, ce qui a rendu nécessaire un texte spécifique pour les restes kali’na de Guyane. Alors que de nouvelles demandes émergent en France comme ailleurs, le processus ne fait que commencer.

Dans la continuité de « Sauvages, au cœur des zoos humains »

Le film prolonge le travail engagé par les historiens et auteurs Pascal Blanchard et Bruno Victor-Pujebet avec Sauvages, au cœur des zoos humains (2018), qui racontait le destin de ces femmes, hommes et enfants arrachés à leurs terres pour être montrés en Europe et en Amérique. C’est après la diffusion de ce film que Corinne Toka-Devilliers avait pris contact avec les auteurs. Réalisé par Marie-Christine Gambart, attachée à explorer les zones d’ombre que le récit officiel préfère taire, Vous n’aurez plus nos morts est le fruit de plusieurs années de tournage en Guyane, en Polynésie et en Nouvelle-Calédonie. Il est produit par Cinétévé.

Derrière les débats historiques, juridiques et diplomatiques, c’est une question profondément humaine que pose ce documentaire : que devons-nous à ces morts, et à celles et ceux qui, aujourd’hui, réclament leur retour ?

Quand et où regarder

ChaîneFrance 3
DiffusionLundi 16 novembre 2026
Horaire23h35
Streaming / replayfrance.tv
Durée52 minutes
GenreDocumentaire inédit