Ce lundi 27 juillet 2026 à 20h55, Arte propose en première partie de soirée « Duel au soleil » (Duel in the Sun), monument du western hollywoodien réalisé en 1946 par King Vidor et produit par David O. Selznick. Un film-fleuve en Technicolor porté par Jennifer Jones, Gregory Peck et Joseph Cotten, entré dans la légende autant pour sa démesure que pour le scandale qu’il souleva à sa sortie.

Une passion incandescente dans l’Ouest américain

Pearl Chavez, jeune métisse à la beauté remarquée, arrive chez les McCanles après la mort tragique de son père. Elle traîne une réputation sulfureuse. Dans le vaste ranch du riche sénateur McCanles, deux frères que tout oppose tombent sous son charme : Jesse, l’aîné droit et raisonnable, et Lewt, cadet séducteur et sans scrupules. Leur rivalité électrise peu à peu une famille déjà minée par les tensions, sur fond de terres immenses et de ciels embrasés. « Duel au soleil » déploie ainsi une intrigue de passions contrariées où le désir se heurte à l’orgueil, à la morale et aux préjugés d’une Amérique en pleine expansion.

Duel au soleil sur Arte
Duel au soleil — image promotionnelle (Arte)

Loin du western classique et de ses duels codifiés, le film revendique une dimension résolument opératique. Vidor filme l’Ouest comme un théâtre de pulsions, baignant chaque scène d’une lumière saturée qui a marqué durablement l’histoire du genre. Le résultat est un western dit « psychologique », où l’action laisse une large place à l’intériorité tourmentée des personnages.

Un casting de prestige et un Gregory Peck à contre-emploi

Jennifer Jones campe une Pearl fiévreuse et insaisissable, rôle qui lui vaudra une nomination à l’Oscar de la meilleure actrice. Face à elle, Gregory Peck surprend en incarnant Lewt, l’un de ses très rares personnages de crapule : à rebours de l’image de héros intègre qu’il cultivait, il livre une composition trouble et magnétique. Joseph Cotten, en Jesse, lui oppose une figure de droiture et de mesure. Autour d’eux, une distribution impressionnante réunit Lionel Barrymore en patriarche autoritaire et la grande Lillian Gish, pionnière du cinéma muet, également nommée à l’Oscar du meilleur second rôle féminin. Le vétéran Walter Huston complète cette galerie de seconds rôles taillés pour l’écran large.

  • Jennifer Jones (Pearl Chavez) — nommée à l’Oscar de la meilleure actrice
  • Gregory Peck (Lewt McCanles) — à contre-emploi dans un rôle de mauvais garçon
  • Joseph Cotten (Jesse McCanles)
  • Lionel Barrymore (le sénateur McCanles)
  • Lillian Gish — nommée à l’Oscar du meilleur second rôle féminin

Dans les coulisses : la démesure d’un producteur obsédé

« Duel au soleil » est avant tout l’œuvre d’un homme, David O. Selznick, le producteur d’« Autant en emporte le vent ». Deux obsessions le guident : surpasser son propre triomphe de 1939 et faire de Jennifer Jones, dont il partageait la vie et qu’il épousera, la plus grande star de l’écran. Pour cela, il ne recule devant rien. Le tournage s’étire sur près d’un an et demi, ralenti par des grèves — dont une chez Technicolor. Selznick multiplie les interventions au point que plusieurs cinéastes, parmi lesquels Josef von Sternberg, William Dieterle ou William Cameron Menzies, mettent la main à l’ouvrage sans être crédités, King Vidor demeurant le réalisateur officiel.

Le budget aurait dépassé les six millions de dollars, une somme colossale pour l’époque, doublée d’une campagne publicitaire d’environ deux millions, du jamais-vu. Cette stratégie de sortie hors normes propulsa le film en tête du box-office américain de 1946, avec quelque dix millions de dollars de recettes en location aux États-Unis et au Canada. Malgré ce succès public retentissant, le coût pharaonique de l’entreprise fit que le film parvint tout juste à l’équilibre.

Surnommé « Lust in the Dust » par des critiques railleurs, le film fit scandale par sa sensualité assumée, condamné par la Légion catholique de la décence.

Autour du programme : scandale d’hier, culte d’aujourd’hui

À sa sortie, l’audace du film déclencha une véritable tempête. Sa peinture frontale du désir lui valut le surnom moqueur de « Lust in the Dust » (« luxure dans la poussière »), des coupes exigées par les commissions de censure locales et une condamnation de la Légion catholique de la décence, certains États refusant même de le programmer. Ce parfum de scandale n’a fait qu’ajouter à sa réputation.

Longtemps considéré comme un excès baroque, « Duel au soleil » a depuis été réévalué. Martin Scorsese, qui en a fait l’un des premiers films de son enfance, le range parmi les œuvres qui ont façonné son regard et le tient pour un objet en avance sur son temps. Loin d’être une simple curiosité kitsch, ce western flamboyant apparaît aujourd’hui comme un jalon : la preuve qu’un producteur pouvait faire du genre le plus codifié d’Hollywood le support d’une vision personnelle et démesurée.

À retenir

Film le plus rentable en salles de 1946, « Duel au soleil » a mobilisé un budget record et une campagne publicitaire inédite pour l’époque. Porté par un Gregory Peck méconnaissable en mauvais garçon et une Jennifer Jones incandescente, il reste un sommet du western opératique en Technicolor.

Quand et où regarder

ChaîneArte
Jour et dateLundi 27 juillet 2026
Horaire20h55
TypePrime (première partie de soirée)
GenreWestern psychologique / drame
CastingJennifer Jones, Gregory Peck, Joseph Cotten, Lionel Barrymore, Lillian Gish
Réalisation / AnnéeKing Vidor / 1946

La bande-annonce