Le Cinéma de minuit met à l’honneur l’un des sommets du cinéma français. Pickpocket, chef-d’œuvre de Robert Bresson sorti en 1959, est programmé dans la nuit du samedi 19 septembre à 00.20 sur France 3, et disponible pendant quatorze jours sur france.tv.
L’ascension et la chute d’un voleur à la tire
Arrêté à l’hippodrome de Longchamp alors qu’il tentait de dérober le contenu d’un sac à main, aussitôt relâché faute de preuves, Michel ne vit plus que pour le vol à la tire. Pris sous l’aile d’un maître du genre, il s’enfonce corps et âme dans cet art clandestin, jusqu’à en faire une raison d’exister. Autour de lui, une mère souffrante, un ami loyal, une jeune femme qui veille et un policier presque bienveillant tentent en vain de le retenir au bord du gouffre. Drame psychologique d’à peine soixante et onze minutes, Pickpocket avance à la manière d’une épure, jusqu’à une rédemption bouleversante.
Le récit doit beaucoup à la littérature : Bresson s’inspire librement de Crime et Châtiment de Dostoïevski, dont il retient l’idée d’un homme qui transgresse, se perd, puis trouve son salut dans l’amour d’une femme fidèle. Mais le cinéaste transpose ce vertige moral dans un Paris sec et concret, filmé sans le moindre effet.
Soixante et onze minutes d’une pureté absolue, longtemps considérées comme l’un des plus grands films de Robert Bresson.
Le style Bresson, une leçon de cinéma
Déçu par le jeu des comédiens, Bresson tournait avec ce qu’il appelait ses « modèles » : des personnes n’ayant jamais fait ni cinéma ni théâtre, qu’il faisait recommencer inlassablement jusqu’à obtenir une présence débarrassée de tout effet. Martin LaSalle, qui incarne Michel, faisait ainsi ses débuts à l’écran. Le réalisateur opposait son « cinématographe » au « cinéma-spectacle » : pour lui, filmer n’était pas mettre en scène du théâtre, mais écrire directement avec des images et des sons.
Cette théorie trouve son point d’orgue dans les scènes de vol, de longues séquences chorégraphiées et sans dialogue, dans le métro, à l’hippodrome et surtout à la gare de Lyon. Le ballet des mains, filmé au plus près, y atteint une précision presque abstraite, où le geste du voleur devient pure musique visuelle. Ces séquences virtuoses comptent parmi les plus célèbres de tout le cinéma français.
Une œuvre à l’influence considérable
Rarement un film aussi bref aura autant marqué les cinéastes venus après lui. De l’autre côté de l’Atlantique, le scénariste et réalisateur Paul Schrader — plume de Taxi Driver — n’a jamais caché sa dette envers Bresson : la figure de l’homme seul, enfermé dans sa chambre et dans sa faute, hante tout son cinéma. Pickpocket est de ces œuvres discrètes qui irriguent en profondeur l’histoire du septième art.
- Réalisation et scénario : Robert Bresson
- Avec : Martin LaSalle, Marika Green, Pierre Leymarie, Jean Pélégri
- Genre : drame psychologique
- Durée : 71 minutes — année 1959
- Rendez-vous : Le Cinéma de minuit, sur France 3
Le saviez-vous ?
Le rôle féminin principal est tenu par Marika Green, comédienne d’origine suédoise qui n’avait que seize ans au moment du tournage. On la retrouvera plus tard dans Emmanuelle. Elle est aussi la tante de l’actrice Eva Green, révélée bien des années plus tard au cinéma international.
Programmé au cœur de la nuit, dans l’écrin du Cinéma de minuit, Pickpocket retrouve son public naturel : celui des amoureux du grand cinéma, prêts à veiller pour une œuvre aussi exigeante que lumineuse. Plus de soixante ans après sa sortie, le film n’a rien perdu de sa force. Son dépouillement, sa tension sourde et sa foi dans la rédemption continuent de fasciner, faisant de ce court récit l’un des plus purs jamais tournés en France.
Quand et où regarder
| Chaîne | France 3 — Le Cinéma de minuit |
| Diffusion | Nuit du samedi 19 septembre 2026 |
| Horaire | 00.20 |
| Streaming / replay | france.tv (pendant 14 jours) |
| Genre / Durée | Drame psychologique — 71 min (1959) |

