Dans la nuit du samedi 17 octobre, à 00.10 sur France 3 et pendant quatorze jours sur france.tv, le Cinéma de minuit ressort l’un des sommets du burlesque muet : Le Mécano de la Général (1926), de Buster Keaton. Une programmation choisie à l’occasion du Festival Lumière, qui célèbre chaque automne le patrimoine cinématographique à Lyon.

Une course-poursuite sur les rails de la guerre de Sécession

L’histoire se déroule au printemps 1861, en Géorgie. Johnnie Gray, mécanicien de locomotive que tout le monde juge couard, a deux amours : sa machine, baptisée la « Générale », et sa fiancée. Lorsque des espions nordistes lui volent sa locomotive — et, par malheur, embarquent aussi la jeune femme —, il se lance à leur poursuite et devient, par une incroyable série de péripéties, un héros de la guerre de Sécession.

Derrière le rire, l’aventure s’appuie sur un fait réel : la fameuse « Grande Course de locomotives » de 1862, relatée dès 1863 par l’un de ses protagonistes. Keaton en tire une mécanique comique d’une précision d’horloger, où chaque gag naît du mouvement du train et du paysage qui défile.

Près d’un siècle plus tard, cette rigueur comique continue d’inspirer les cinéastes, de la comédie d’action aux blockbusters contemporains, qui citent volontiers l’art de Keaton pour orchestrer leurs cascades. Son jeu tout en retenue, où le corps dit tout ce que le visage tait, reste une référence pour comprendre la naissance du langage cinématographique et la manière dont le burlesque muet a posé les bases du grand spectacle populaire.

Un tournage où tout était vrai

La légende du film tient à sa démesure. Sous la direction de Keaton, rien n’est truqué : les locomotives à bois sont reconstituées à l’identique, les ponts sont bâtis pour de vrai, et le cinéaste va jusqu’à installer une forge sur le tournage. La scène où une locomotive s’effondre depuis un pont en flammes, dans une rivière, est restée célèbre comme l’un des plans les plus coûteux de tout le cinéma muet.

Cascadeur de génie, Keaton exécute lui-même ses acrobaties sur une machine lancée à pleine vitesse, au visage impassible qui lui a valu le surnom d’« homme qui ne rit jamais ». Le Mécano de la Général restera son dernier long métrage réalisé sous son entier contrôle, et pour beaucoup, l’apogée d’une carrière de cinéaste.

Une locomotive qui plonge d’un pont en flammes : l’un des plans les plus coûteux de tout le cinéma muet.

Le saviez-vous ?

À sa sortie, Le Mécano de la Général fut un échec commercial et critique retentissant. Le temps lui a rendu justice : il est aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands films de l’histoire et fut, en 1989, l’une des toutes premières œuvres inscrites au National Film Registry de la Bibliothèque du Congrès américain, pour son importance culturelle et esthétique.

Cette diffusion prend un relief particulier au sein du Cinéma de minuit, véritable institution de la télévision française créée en 1976. Longtemps incarné par l’historien du cinéma Patrick Brion, qui y a présenté plus de deux mille films en près d’un demi-siècle avant de passer la main fin 2024, le rendez-vous perpétue sa mission : faire découvrir, aux noctambules et aux cinéphiles, les classiques du patrimoine mondial. Le choix de Buster Keaton, en écho au Festival Lumière de Lyon, en est une parfaite illustration.

Le film en intégralité (version restaurée)

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