André Manoukian pose ses oreilles à Marseille pour en révéler l’âme sonore. Documentaire musical inédit, Marseille, une symphonie urbaine est à (re)découvrir le jeudi 6 août vers 00.40 sur France 5 et en streaming gratuit sur france.tv.

Il y a des villes qui se regardent et d’autres qui s’écoutent. Marseille appartient clairement à la seconde catégorie. Dans ce film, le pianiste, compositeur et pédagogue André Manoukian troque un instant son clavier contre un micro pour arpenter la cité phocéenne et en collecter la matière première : le brouhaha du Vieux-Port, les accents chantants, les rires, les silences et, bien sûr, la musique qui déborde de chaque quartier. Une plongée sensorielle dans une ville façonnée par les migrations, les métissages et une vitalité créative rare.

Une ville qui résonne

Le principe du documentaire est aussi simple qu’audacieux. André Manoukian recueille des sons bruts au fil de ses rencontres, puis confie cette moisson sonore au DJ et producteur Mosimann. À charge pour ce dernier de transformer voix, accents, éclats de rire et fragments musicaux en une véritable composition : métamorphoser le chaos en harmonie, faire surgir la « symphonie urbaine » promise par le titre. Une démarche qui rappelle que, depuis Orphée apaisant la nature au son de sa lyre, le rôle du musicien est bien de mettre de l’ordre dans le désordre du monde.

André Manoukian à Marseille pour le documentaire musical
© France Télévisions / HOKISS PROD

Au-delà du geste artistique, le film propose une expérience presque philosophique. Et si, pour vraiment comprendre une ville, il fallait d’abord réapprendre à écouter ? Ce voyage profondément humain nous invite à tendre l’oreille autrement, à percevoir la ville comme une partition vivante où chaque bruit raconte une histoire, exprime une identité et libère une émotion.

Les voix de la ville

Pour dresser ce portrait sonore, André Manoukian a réuni un casting qui ressemble à un who’s who de la musique marseillaise, toutes générations confondues :

  • IAM, avec Akhenaton et Shurik’n, pionniers du rap phocéen ;
  • la Fonky Family, représentée par Djel ;
  • le collectif Massilia Sound System, chantre du reggae en langue d’oc ;
  • la violoncelliste Nesrine et le saxophoniste Raphaël Imbert ;
  • le cinéaste Robert Guédiguian, l’humoriste Titoff et le rappeur émergent Kemmler.

À leurs côtés, plusieurs experts éclairent notre rapport au son : l’animateur radio Fred Musa, Christian Hugonnet (directeur de la Semaine du son à l’Unesco), Hughes Kieffer (directeur du festival Jazz des cinq continents) ou encore la neuroscientifique Sylvie Chokron.

Ici, le désordre devient création. Le chaos devient cosmos.

Marseille, capitale française du son

Si Marseille s’impose comme un tel terrain de jeu musical, c’est qu’elle a écrit quelques-unes des plus belles pages de la musique populaire française. Dans les années 1980, Massilia Sound System invente une fusion inédite entre reggae jamaïcain, langue occitane et rythmes électroniques. Puis vient le raz-de-marée du rap : formé en 1989, IAM impose un style et une exigence d’écriture qui feront école, avant que « Je danse le Mia », en 1993, ne devienne un tube colossal, resté huit semaines en tête des ventes. Dans son sillage, la Fonky Family, née en 1994, grave des albums cultes comme Si Dieu veut… (1997) et Art de rue (2001).

Cet héritage ne cesse de se réinventer. Aujourd’hui, une nouvelle vague — JUL, SCH, Soprano, Alonzo — perpétue cette identité marseillaise, entre fierté locale et ambition internationale, faisant de la ville l’un des poumons les plus féconds de la scène hexagonale. C’est toute cette énergie que le film cherche à capter et à recomposer.

Le saviez-vous ?

Avant d’être le guide de ce voyage sonore, André Manoukian est un compositeur de premier plan. Né à Lyon en 1957 et formé au prestigieux Berklee College of Music de Boston, ce pianiste de jazz d’origine arménienne a signé les premiers succès de Liane Foly et travaillé pour d’innombrables artistes. Le grand public l’a découvert entre 2002 et 2017 sur les bancs du jury de Nouvelle Star, où il tenait volontiers le rôle du juré « poète ».

Quand et où regarder

ChaîneFrance 5
DiffusionJeudi 6 août 2026 (vers 00.40)
Streaming / replayfrance.tv (gratuit, quelques jours après diffusion)
GenreDocumentaire musical
Présenté parAndré Manoukian, avec la participation de Mosimann

Entre carte postale sonore et déclaration d’amour à une ville qui ne cesse de chanter, Marseille, une symphonie urbaine offre une manière inédite de comprendre Marseille : les yeux fermés, les oreilles grandes ouvertes.