Disponible dès le mercredi 19 août 2026 sur france.tv, « Grâce à Dieu » de François Ozon retrace le combat d’un homme, puis de plusieurs, pour briser le silence sur les abus commis au sein de l’Église. Un drame porté par Melvil Poupaud, Denis Ménochet et Swann Arlaud, récompensé à la Berlinale et salué comme l’une des œuvres majeures de son auteur.
Le combat d’un homme, puis de plusieurs
Alexandre, père de famille lyonnais profondément croyant, découvre par hasard que le prêtre qui l’a abusé durant son enfance exerce toujours au contact d’enfants. Ce que l’on croyait enfoui remonte alors à la surface. Plutôt que de se taire, cet homme décide d’écrire, d’alerter la hiérarchie catholique, puis de chercher d’autres victimes. Peu à peu, une parole longtemps confisquée se libère et se démultiplie.
François Ozon construit son film comme un relais : à mesure que le récit avance, le regard se déplace d’un personnage à l’autre, chacun portant sa manière propre de vivre le traumatisme, la colère, la foi ou le doute. Loin du film à charge, « Grâce à Dieu » observe avec une grande précision les mécanismes du silence, la difficulté à être entendu et le prix intime que représente le fait de se dresser face à une institution. Le résultat est un drame sobre, tendu et profondément humain, qui avance sans jamais céder au sensationnalisme.
Un récit choral sur la libération de la parole, où chaque voix vient prolonger celle qui précède.
Trois acteurs au sommet
La force du film tient beaucoup à son trio principal, qui incarne trois trajectoires et trois tempéraments face à une même blessure. Réunis à l’écran, ces comédiens donnent au récit sa densité émotionnelle sans jamais forcer le trait.
- Melvil Poupaud incarne Alexandre, celui par qui le combat commence. Révélé enfant chez Raoul Ruiz, riche d’une filmographie de près de quatre-vingt-dix films et de collaborations avec Éric Rohmer ou Xavier Dolan, il apporte au rôle une retenue habitée.
- Denis Ménochet, aperçu chez Quentin Tarantino et chez Xavier Legrand dans « Jusqu’à la garde », prête sa présence massive et sa fêlure à un personnage à la colère plus frontale.
- Swann Arlaud, déjà césarisé pour « Petit Paysan », compose la figure la plus fragile et la plus écorchée du récit, une performance qui lui vaudra une nouvelle reconnaissance.
L’histoire vraie derrière le film
« Grâce à Dieu » s’inspire directement d’une affaire qui a bouleversé la France. Le film s’appuie sur le parcours de l’association La Parole libérée, fondée à Lyon en décembre 2015 par d’anciens scouts déterminés à obtenir justice. Il documente, à travers ses personnages, la manière dont ces victimes ont mis au jour des faits longtemps couverts et la lenteur des réponses apportées par l’institution.
D’abord envisagé comme un documentaire, le projet a finalement pris la forme d’une fiction nourrie de témoignages réels. Le titre lui-même n’a rien d’un hasard : il reprend une formule prononcée publiquement en 2016, lorsqu’il fut regretté que la majorité des faits soient, « grâce à Dieu », frappés par la prescription. François Ozon, cinéaste à la filmographie aussi prolifique qu’éclectique, signe ici l’un de ses films les plus engagés, tourné avec une rigueur documentaire et un profond respect des personnes concernées.
Le contexte
Avant sa sortie en salles, le 20 février 2019, le film a fait l’objet d’une procédure en référé visant à en empêcher la diffusion. La justice a autorisé sa sortie à la date prévue. Le retentissement de l’affaire s’est prolongé au-delà de l’écran : le prêtre mis en cause a été condamné en mars 2020 à cinq ans de prison ferme. « Grâce à Dieu » demeure ainsi l’un des exemples récents les plus marquants d’un film de fiction entré en résonance directe avec l’actualité judiciaire.
Récompenses et réception
Présenté en compétition à la Berlinale 2019, devant un jury présidé par Juliette Binoche, « Grâce à Dieu » y a reçu l’Ours d’argent Grand Prix du jury, deuxième distinction du prestigieux festival berlinois. L’accueil critique en France fut à l’avenant, saluant la maîtrise d’un cinéaste au sommet de son art et le courage d’un sujet difficile abordé sans voyeurisme.
L’année suivante, le film obtenait huit nominations aux César, parmi lesquelles celles du meilleur film, du meilleur réalisateur et du meilleur acteur pour Melvil Poupaud. Swann Arlaud y a remporté le César du meilleur acteur dans un second rôle. En salles, le drame a réuni plus de 915 000 spectateurs en France, un beau parcours pour une œuvre aussi exigeante. Autant de raisons de le (re)découvrir aujourd’hui.
Quand et où regarder
| Plateforme | Disponibilité | Genre | Durée |
|---|---|---|---|
| france.tv | Dès le 19 août 2026 | Drame | 131 min |
Une coproduction France 2 Cinéma, déconseillée aux moins de 10 ans, à retrouver gratuitement et en intégralité sur la plateforme france.tv.

