Disponible sur Netflix à partir du 5 mars, Le délicieux professeur V adapte pour l’écran le roman de Julia May Jonas. Portée par Rachel Weisz, la série s’inscrit dans un registre rarement frontal sur la plateforme : celui du désir féminin raconté depuis l’intérieur, dans un cadre académique où les rapports de pouvoir sont omniprésents.
Un campus comme terrain d’observation intime
L’action se déroule dans une université américaine spécialisée en lettres. La protagoniste, professeure de littérature contemporaine, traverse une phase de déclassement silencieux. Sa carrière d’écrivaine s’est interrompue depuis des années, ses cours attirent moins d’étudiants et sa relation avec sa fille s’est distendue. Son couple, fondé sur une longue pratique de la relation ouverte, fonctionne désormais par inertie.
Ce fragile équilibre se fissure avec l’arrivée de Vladimir, jeune écrivain recruté comme enseignant. Ce nouvel élément agit comme un révélateur. La fascination que la professeure développe pour lui devient progressivement un moteur narratif, brouillant la frontière entre ce qui relève de l’observation, de l’interprétation et de la projection.

Un récit construit sur la subjectivité
La série adopte un dispositif clair : tout est vu à travers le regard de son héroïne. Rachel Weisz s’adresse régulièrement à la caméra, livrant ses pensées, ses justifications et ses réécritures personnelles des faits. Cette narration directe ne cherche pas à établir une vérité stable, mais à exposer un point de vue en perpétuel ajustement.
Les échanges avec Vladimir sont volontairement ambigus. Gestes, silences et regards sont laissés à l’appréciation du spectateur, invité à douter autant que la narratrice. La série ne tranche jamais clairement sur les intentions du jeune professeur, préférant installer une zone d’incertitude durable.
Désir, pouvoir et réputation
Le délicieux professeur V aborde plusieurs thèmes contemporains sans les isoler les uns des autres. Le désir féminin à l’âge mûr se heurte ici à la question de la légitimité sociale : qui est autorisé à vouloir, et à quel prix ? Cette interrogation se double d’une réflexion sur le monde universitaire, ses hiérarchies implicites et sa gestion des scandales.
En parallèle, le mari de l’héroïne, également professeur, est confronté à une procédure liée à des accusations anciennes concernant des étudiantes. Cette intrigue secondaire inscrit la série dans un contexte de remise en question des institutions académiques et de leurs mécanismes de protection.
Un casting au service d’un équilibre instable
Rachel Weisz incarne la protagoniste et assure aussi la production exécutive. Elle partage l’écran avec Leo Woodall dans le rôle de Vladimir, John Slattery dans celui de son mari, et Jessica Henwick, qui interprète l’épouse de Vladimir. Ellen Robertson complète le quatuor principal dans le rôle de la fille de l’héroïne.
Composée de huit épisodes, la série alterne scènes du quotidien universitaire et plongées mentales, sans jamais dissocier la trajectoire intime de son personnage principal des enjeux collectifs qui l’entourent.

