France 3 met à l’honneur un des documentaires libanais les plus remarqués de l’année. « Et les poissons volent au-dessus de nos têtes », signé par la réalisatrice franco-libanaise Dima El-Horr, est programmé le mercredi 12 août à 23.20 dans la case de création « L’heure D », et déjà disponible en intégralité sur france.tv. Un film contemplatif de 70 minutes, tourné sur la corniche de Beyrouth, qui a raflé les prix des plus grands festivals documentaires avant d’arriver sur le petit écran.

Beyrouth, vingt ans après

Il y a vingt ans, Dima El-Horr filmait déjà une plage bétonnée de la corniche de Beyrouth, ce front de mer public où se retrouvent uniquement des hommes. De cette première rencontre était née une vidéo expérimentale, « The Blue Sea in Your Eyes ». Deux décennies plus tard, la cinéaste revient au même endroit et retrouve les mêmes visages. Réda, qu’elle avait connu jeune, s’y baigne toujours, entouré de ses complices de longue date, Adel et Qassem.

Entre-temps, le pays a basculé. Le Liban traversé par « Et les poissons volent au-dessus de nos têtes » est celui d’une crise économique historique, de la paupérisation d’une population entière, de la destruction du port de Beyrouth par l’explosion meurtrière de 2020, et d’un conflit avec Israël. Face à ce chaos, les trois hommes attendent, immobiles au bord de l’eau. Non pas un miracle qui les sauverait, mais l’effondrement d’un pays tout entier. Le film capte ce temps suspendu, entre veille et sommeil, rêve et réalité, avec une pudeur qui refuse le pathos.

La Méditerranée filmée depuis la corniche de Beyrouth
© France Télévisions

Trois hommes face à la mer

Le dispositif est d’une simplicité radicale. Pas de commentaire surplombant, pas de reconstitution : Dima El-Horr observe le rituel quotidien de Réda, Adel et Qassem, leurs gestes répétés, leurs silences, leurs bribes de conversation. Ces hommes précaires, souvent sans emploi, deviennent les témoins impuissants d’un pays qui se délite. La corniche fonctionne comme un refuge et comme une scène, dernier îlot de liberté où le corps s’expose au soleil tandis que la mémoire, elle, reste peuplée des fantômes de la guerre civile.

La réalisatrice filme la Méditerranée comme un cimetière mouvant et Beyrouth comme un mirage de béton. C’est cette tension, entre la douceur d’un bain de soleil et la conscience aiguë d’un avenir bouché, qui donne au film sa charge émotionnelle singulière. Le poids de la mélancolie s’y dit sans jamais s’appesantir.

Ils attendent au bord de la mer non pas un miracle qui les sauverait, mais que leur pays tout entier tombe en ruine.

Dans les coulisses d’un tournage au long cours

Derrière son apparente sobriété, le film est le fruit d’un travail solitaire et patient. Dima El-Horr a tourné seule, accumulant des centaines d’heures d’images captées au fil du temps, à la fois sur les rochers du front de mer et dans les rues de Beyrouth. Ce montage entre passé et présent tisse un dialogue avec sa propre œuvre : « Et les poissons volent au-dessus de nos têtes » prolonge directement l’expérience amorcée deux décennies plus tôt avec « The Blue Sea in Your Eyes ».

Cette création libanaise, portée par une production ancrée en Corse, a connu une carrière festivalière exceptionnelle avant sa diffusion sur France 3. Sélectionné dans une quinzaine de manifestations internationales, le documentaire a récolté plusieurs récompenses de premier plan :

  • Le prix Zonta de soutien à la création au prestigieux festival Visions du Réel, en avril 2025.
  • Le prix du jury étudiant au 45e Festival international Jean Rouch, référence mondiale du cinéma documentaire ethnographique.
  • Le Grand Prix du film international au festival DOXA de Vancouver.

Le saviez-vous ?

Dima El-Horr n’en est pas à son premier regard sur son pays. Son premier long métrage de fiction, « Chaque jour est une fête » (2009), avait été sélectionné au Festival international du film de Toronto. Elle en avait coécrit le scénario avec l’artiste et dramaturge libanais Rabih Mroué. Douze ans plus tard, la cinéaste poursuit avec ce documentaire son exploration d’un Liban figé, où l’attente et l’immobilité disent l’impossibilité d’un avenir.

« L’heure D », une case dédiée à la création

En diffusant ce film, France 3 confirme la vocation de « L’heure D », son rendez-vous documentaire de seconde partie de soirée : offrir un espace de liberté et d’expression aux regards d’auteurs singuliers, loin des formats calibrés. Après sa diffusion linéaire, « Et les poissons volent au-dessus de nos têtes » poursuivra sa route : le documentaire est attendu sur les écrans de cinéma à partir du 31 août 2026, prolongeant ainsi le pont entre télévision publique et salles obscures.

Il y a vingt ans à Beyrouth, j’ai rencontré Réda. Il bronzait en contrebas de la corniche, face à la mer, indifférent à l’agitation qui régnait quelques mètres au-dessus de sa tête.

Dima El-Horr, note d’intention

Quand et où regarder

ChaîneFrance 3 (case « L’heure D »)
DiffusionMercredi 12 août 2026
Horaire23.20
Streaming / replayDéjà disponible sur france.tv
Genre / DuréeDocumentaire de création — 70 minutes
RéalisationDima El-Horr